Bejaïa rend hommage à Saïd Mekbel, à travers un concours de caricatures

Divers - Firdaous.com

Un simple concours de caricatures à la maison de la culture de Béjaïa peut être une belle raison pour se rappeler Saïd Mekbel, un grand journaliste. Une cinquantaine d’artistes et de caricaturistes y ont participé, venus des quatre coins du pays. La famille et les amis de Saïd Mekbel étaient présents.

Ce concours avait pour thème la « violence contre les enfants en Algérie ». Plusieurs conférences ont permis de faire un tour d’horizon de la situation des enfants. Des solutions ont aussi été proposées comme le fait de sensibiliser l’enfant en utilisant l’art, d’où un concours de caricatures sur ce thème. Des professeurs de l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger ont fait le déplacement pour donner leurs avis sur la question.

En marge des conférences et du concours, trois caricaturistes s’amusaient à caricaturer des personnes de l’assemblée et du public, pour le plus grand bonheur de tous. Saïd Mekbel est né le 30 mars 1940 à Bejaia et a été assassiné le 3 décembre 1994 à Alger. Il a écrit des billets pour le journal Alger Républicain avant de travailler pour le quotidien Le Matin dont il a même dirigé la publication.

Le 3 décembre 1994, il écrit le fameux billet « ce voleur qui », quelques lignes pour dire ce qu’il en était d’être journaliste en Algérie dans les années 90. Un billet qui flirte entre la tristesse la plus noire et l’espoir de lendemains plus gais. Un billet comme un dernier salut, puisque ce jour-là Saïd est assassiné alors qu’il déjeunait dans une pizzeria.

Et en hommage à une grande figure du journalisme, son dernier billet :

Ce voleur

Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui. C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d’arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui. C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel, le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé… Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c’est lui. C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n’est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste.

Le MATIN, 3 décembre 1994, Saïd Mekbel

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